mercredi 3 octobre 2018

L’été en espadrilles



Je devais avoir moins de dix ans. Aux premiers jours des vacances d’été, à Marvejols, ma grand-mère m’achetait des espadrilles en toile à semelles de corde chez un marchand de chaussures, qui faisait habituellement les marchés, mais avait une boutique, sur la grande place de Marvejols; Ces espadrilles sont traditionnelles dans de nombreuses régions des Pyrénées, du Pays Basqueet la Catalogne. Ma grand mère était d’origine Catalane. Ceci explique sans doute cela.

Ainsi chaussé pour quelques semaines, je pouvais la suivre sur les chemins et sentiers de campagne, mais pas avant d’avoir soumis les espadrilles neuves à une opération sensée les rendre inusables ou peut-être simplement imperméables. Il s’agissait de trouver sur une route une plaque de goudron fondue au soleil brûlant et de marcher dedans pour en imbiber la corde des semelles. La poussière des chemins et les kilomètres parcourus auraient pour mission d’enrober le goudron. Je m’en souviens comme d’un rituel odorant .

Soixante ans après, lors d’une courte villégiature la personne qui m’accompagnait m’a offert une paire d’espadrille catalanes. Je les ai longuement choisies afin qu’elles tiennent toujours aux pieds quand la toile serait distendue.

C’est donc en espadrilles que je vais passer l’été de mes soixante neuf ans. J’en ai déjà usé de nombreuses paires tout au long de ma vie, presque une par an. Chacune m’a ramené à ce moment d’enfance tatoué dans ma mémoire. A l’instant ou j’écris ces lignes je porte les «2018» . Nous voilà donc au présent.

Au moment de mon départ à la retraite, il y a quatre ans déjà, à la suite du discours prononcé devant mes collèges lors de mon pot de départ, je m’étais fixé une ligne de conduite pour aborder ma vie future. J’émergeais d’une période compliquée. Un divorce tardif avait anéanti, à la fois mon sentiment d’invulnérabilité et l’idée, très conformiste, que je m’étais faite de l’avenir.

Le principe d’impermanence avait frappé. J’en ai retenu la leçon et renoncé à voir la vie non comme une construction planifiée, mais plutôt comme un chemin à l’horizon limité qu’il convient de parcourir dans la meilleure forme physique possible au long duquel tout peut advenir. Pas de carte, donc et pas vraiment de destination.

J’ai enfin compris également que la bienveillance, la gentillesse, le renoncement à l’hostilité et la vengeance avaient infiniment plus de chance de conduire au plaisir, à la joie, à l’amitié, et même à la santé et à l’amour que la méchanceté, la jalousie, l’intolérance, et la colère. Tel est mon sens un peu simpliste du Karma.

De l’énergie et de l’optimisme il en faut à ce tournant de la vie ou on doit se dépouiller, outre de sa jeunesse, de presque toutes les identités qui définissaient notre place dans la société. L’activité professionnelle prend fin. Les enfants devenus adultes s’éloignent. Le corps ne suit plus pour les pratiques sportives les plus exigeantes . En un mot c’en est fini les identités «de fonction». Dépouillés de ses personnages sociaux c’est face à lui-même et face au temps soudainement libéré que le retraité se présente pour la dernière ligne droite de la vie..
  
Au moment du coup de sifflet final de ma vie professionnelle, j’ai coché toutes les cases «fin» de ce qui faisait ma vie. Le mariage explosé, les enfants partis, la grande maison avec son jardin, vendue, les centaines de livres et de vinyles accumulés au fil des ans, dispersés; il ne s’agissait pas pour moi de continuer, mais de repartir.  

Aucune amertume dans ce constat. J’ai même fini par ressentir ces dépouillements comme un allègement, une sorte de feng shui intégral. Il restait l’essentiel, mes enfants et petits enfants, un petit appartement que j’ai fait aménager à mon goût. Et surtout la santé et une inépuisable énergie dans laquelle j’ai trouvé le désir d’optimisme. J’en suis convaincu l’optimisme au même titre que le désespoir sont des choix.

Pour mes enfants, pour tous ceux qui de près ou de loin me côtoient, j’ai choisi de faire envie. L’expérience de ma mère qui avait fait le choix d’inspirer la pitié et a pourri la fin de sa vie et celle de ses proches, a nourri mon inclinaison vers la joie.

Je me suis déjà exprimé sur mon choix de vie. Celui d’avancer libre avec toute l’énergie que cela suppose, celui de profiter du présent en mettant en place les qualités personnelles et relationnelles qui rendent le présent heureux. Pas de plan donc, pas d’objectifs, juste des règles de vie.

Je reprends le clavier aujourd’hui pour m’exprimer sur le constat suivant. Il y a peu de temps je ne connaissais pas, ou j’avais un intérêt limité pour des activités qui sont devenues centrales aujourd’hui. Et pourtant elles ne sont pas le fruit d’une remise en question. Elles ont émergé dans la continuité de ma vie. Je n’ai en rien dérivé du projet que je m’étais donné.

Ma vie est une illustration parfaite de l’impermanence, en ce sens qu’a cessé ce qui paraissait immuable et qu’est advenu ce qui était inimaginable. Ce qui advient est parfois tellement beau que j’en vient à me réjouir et à remercier le destin de m’avoir soumis à ce qui, un temps, semblait un irréparable malheur.

Je voudrais consacrer l’essentiel de ces lignes à relater trois orientations imprévues de ma vie, mais auparavant un court bilan s’impose sur ce que j’appellerai les fondamentaux.

Famille mondialisée

Je vis seul, c’est un fait et d’une certaine manière un choix. Pour des raisons, déjà expliquées, je n’ai pas cherché à rencontrer une compagne pour partager ma vie. J’ai choisi la voie exigeante de la liberté. Je dois dire que nous sommes de plus en plus nombreux, femmes et hommes de tous ages, à rejeter le cliché éculé du couple censément protecteur.

Mes enfants ont choisi de s’installer loin de Montpellier.

Elsa et ses deux enfants, Amaury et Cassy, habitent à Nouméa en Nouvelle Calédonie. On ne fait pas plus lointain. Je dois dire que son choix m’a donné l’occasion de faire de beaux voyages que je n’aurais certainement pas fait sans ça. De séjour en séjour, et grâce à la magie de skype je ne ressens aucune frustration en tant que père et grand père.

Agnès poursuit de longues et savantes études à Montréal. Elle a depuis longtemps fait le choix de s’éloigner. Les transports aériens sont aisés de nos jours et Montréal est une ville fort agréable ou je fais de temps en temps un séjour.

Laurent et ses trois enfants Max Oliver et Nils, ont, après avoir longtemps vécu en Afrique, posé leurs valises en Bretagne ou ils ont acheté une maison. Je viens d’accueillir Max et Oliver pendant une semaine de cet été en espadrille.

Vraiment, le cliché de la famille intergénérationnelle rassemblée non loin du caveau familial a vécu en tant que modèle. Je me considère comme le précurseur de la famille mondialisée. En tout cas je n’ai ni souffrance, ni amertume. Méthode Couet ?  

Court bilan

Je suis toujours bénévole à l’accueil social de la société Saint Vincent de Paul. J’y consacre deux matinées par semaine. Je fais partie d’une petite équipe de bénévoles, tous retraités, tous croyants. Nous constituons  les dossiers et décidons du droit d’accès de personnes ou de familles à l’épicerie solidaire de notre structure. A ce titre nous recevons toute sorte de publics dont les ressources sont insuffisantes pour se nourrir correctement : immigrés, bénéficiaires des minimas sociaux, accidentés de la vie, personnes âgées.

Il s’agit d’une belle mission, sans aucun doute utile, cependant je suis souvent en interrogation. Le contact avec des personnes maltraitées par la vie, dont la pauvreté s’accompagne soit de fatalisme, soit de problèmes mentaux, rarement de révoltes est émotionnellement éprouvant.

Ce qui m’interroge et me fait douter de mon engagement, c’est que, de plus en plus souvent, l’empathie douloureuse, flatteuse pour l’amour propre, laisse place à de l’indifférence, voire de la froideur et même du doute. J’en arrive à penser que certains ne veulent pas s’en sortir et profitent au mieux des aides publiques ou associatives. Pour les migrants les situations sont tellement paradoxales que j’oublie parfois les hommes pour fustiger le système.  

Dans notre société ou des idéologies mortifères gagnent du terrain, j’ai du mal à faire la part entre empathie et bon sens politique. Je sais que dans une mission bénévole l’humanité ne se discute pas. Je suis donc déchiré et tenté cesser ce bénévolat. Ma décision n’est pas prise. Je la diffère à la rentrée de septembre

J’ai cessé d’enregistrer des livres pour les mal voyants. J’ai commencé par une mini rébellion à l’encontre de l’association les donneurs de voix dont les responsables régionaux étaient figés dans un immobilisme prétentieux mais sans ambition. Certains ont besoin, même à un age très avancé besoin de titres. J’ai enregistré de la poésie et du théâtre dont il m’a été dit qu’ils n’intéressaient personne. Par ailleurs les livres audio ont pris sur le marché une place importante. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres la technologie a modifié la donne.

Pour ce qui concerne l’apprentissage de l’anglais j’ai renoncé par paresse. J’ai depuis deux ans cessé mon adhésion à l’Université du tiers temps dont les conférences, y compris sur la philosophie ne correspondaient plus à mon attente. Ceci ne veut pas dire que j’ai perdu tout intérêt pour la philosophie. Mes choix de lecture m’y ramènent souvent.

Je n’envisage pas de vivre sans pratiquer le tai chi, le qi gong et la méditation. Je suis convaincu des bienfaits multiples de ces pratiques sur la santé et sur le moral. J’y trouve la souplesse du corps, la fluidité des mouvements et la fierté de la posture qui j’en suis certains sont gage de longévité. J’y trouve aussi la capacité d’apaiser mon esprit, la patience, l’écoute et une aptitude à la bienveillance active. Celle qui permet d’accepter ce qui arrive tout en accumulant une réserve d’énergie pour l’action. Je suis détenteur d’une partie des secrets du ying et du yang qui m’aident à mieux conduire ma vie en espadrille.

J’ai failli oublier de dire, et c’est révélateur d’un état d’esprit qui voudrait que hors du faire pas de salut. Apprivoiser le temps, c’est aussi apprendre à ne rien faire. C’est peut-être l’apprentissage le plus compliqué. Il faut du temps pour apprendre la lenteur. Flâner au petit déjeuner en écoutant la radio et en butinant sur internet, lire l’après-midi, faire une petite sieste. J’ai appris à passer des journées chez moi sans sortir juste en m’occupant aux taches ménagères, un peu de cuisine. Ces journées sont tranquilles et heureuses. Je ne les finis pas déprimé en geignant sur ma solitude. Ce sont des journées comme celles-ci, vides d’action, vides de compagnie que l’on souhaitait lorsque la vie nous imposait un rythme effréné.  Apprivoiser le temps c’est aussi apprendre à aimer le temps vide. Pas tout le temps bien sur. Juste pour ne pas reproduire à la retraite le modèle débordé, d’ailleurs souvent surjoué, de la vie active. Ils me font un peu pitié ces retraités éprouvent le besoin de se justifier en disant qu’ils n’ont pas une minute à eux. En quoi être débordé à la retraite serait gage de réussite. Pour ma part je suis attentif à ne pas trop en faire.

Sans entrer dans les détails parce que ma vie ne mérite pas une autobiographie, je veux faire partager le constat que les activités concrètes qui occupent mes journées et dans lesquelles je m’épanouis, ne procèdent pas d’une volonté et d’un projet mais d’une ligne de conduite qui transmute les hasards en opportunités.

Marche nordique, Je suis dispensateur d’endorphines

Au moment de mon départ en retraite je n’avais jamais entendu parler de la marche nordique. C’est parce que...au cours d’un voyage une personne fraîchement diplômée dans ce sport m’en a fait la publicité,... Parce que après mon retour j’ai fait une séance d’initiation avec elle et que ça m’a plu.... parce que je me suis associé à un groupe de pratiquants près de Montpellier.... parce que je m’y suis fait des ami(es)... que nous avons participé à de nombreux événements....parce que le groupe initial a pris l’eau et que je suis allé vers un club de Montpellier....que la coach était une athlète de haut niveau....qu’elle a immédiatement adhéré à mon idée lancée en l’air de passer le diplôme d’entraîneur....parce que je l’ai vraiment fait.... que je l’ai obtenu .... que depuis deux ans j’anime des groupes de marche nordique à Montpellier et que ça me plaît beaucoup.

Il suffit donc de rencontres bienveillantes, de hasards, d’envies, et d’un soupçon de détermination pour que en très peu de temps se construise un projet. Ce n’était  même pas un vieux rêve, seulement une envie cueillie au passage.

Il s’agit bien d’une activité qui, même bénévole, a socialement la même place qu’un métier. Je l’exerce avec le même sérieux. Je voudrais insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une occupation pour meubler le temps et se faire des amis, mais bien d’une activité à part entière avec ses engagements ses responsabilités et toutes les ramifications relationnelles, amicales et affectives dont certaines ont d’importantes répercutions sur la vie sociale et affective.

Il va bien falloir que tout le monde comprenne, surtout les intéressés, que le passage à la retraite n’est pas le passage infantilisant de la vie active à l’occupation récréative.

Je ne serai pas complet si je n’ajoutais pas que cette orientation inattendue de ma vie vers du coaching sportif a des effets plus que que bénéfiques sur ma santé. La pratique intensive d’une activité sportive raisonnable participe à l’hygiène de vie. Marche nordique et taï Chi que puis-je faire de mieux pour garder la forme ? En plus je fais du bien à beaucoup de gens et c’est quand même bien agréable de rendre les gens heureux. Je suis producteur d’endorphines !

Graffiti Lover et Cit’art guide

En quelques lignes je vais raconter comment je suis devenu guide street art sur la Gardiole pour l’association Line up qui regroupe les artistes de la scène graffiti de Montpellier.

Au début il y a Instagram. J’ai eu une brève liaison avec facebook, que j'ai quitté brutalement pour incompatibilité affective. Par contre je m’entends bien avec instagram. J’y suis présent sous forme d’une sorte de journal en image. J’y publie avec un commentaire en général bref et peu engagé, des photos, toutes prises avec un smartphone au fil de mes pérégrinations quotidiennes. Comme je suis plutôt curieux et que j’ai une tendance à voir le monde en image il faut que je me retienne pour ne pas publier plus. Ce qui fait sans doute de moi un «instagrammeur» compulsif. Au rythme de plusieurs images quotidiennes mon compte frôle au bout de trois ou quatre ans les quatre mille images. Mon compteur affichera bientôt mille «folowers» dont une petite centaines de véritablement intéressés.

C’est essentiellement des prises de vue du quotidien. Bien sur je m’attache aux angles de vue insolites, aux ciels, aux lumières, aux saisons mais je laisse leur place aux passants et à tous le bric à brac de publicités, de véhicules de poubelles et de graffitis. Et justement mon regard s’est petit à petit focalisé sur toutes les inscriptions, tags, graffitis, fresques, collages, pochoirs et autres formes d’expression laissés aux regards des passants de façon vandale ou autorisée dans l’espace public par de «petits voyous» ou des artistes confirmés.

J’ai appris depuis que bien des artistes confirmés d’aujourd’hui ont découvert leur vocation d’artiste, à l’adolescence, en échappant la nuit à la surveillance de leurs parents pour aller taguer les murs de leur quartier, puis de leur ville .

Mon intérêt pour le street art ne date pas d’hier; dans toutes les villes que je visitais j’ai toujours recherché et photographié les fresques que je rencontrais.

C’est tout naturellement que j’ai publié sur mon compte Instagram tout ce qui ressemblait à du street art à Montpellier et partout ou je passais.

Voici comment les choses se sont enchaînées.

-J’ai d’abord publié tout ce que je voyais et me paraissait digne d’une photo pas trop laide mais sans chercher ni noter le nom de l’artiste.
-J’ai participé à une visite guidée par l’office de tourisme de Montpellier sur le thème du street art. J’ai pris quelques notes.
-J’ai commençé à identifier les artistes et à les citer sous forme de hachtag #
-Les artistes qui avaient un compte instagram, (presque tous) se sont reconnus et ont «liké» et écrit un petit commentaire de remerciement.
-J’ai commencé à les suivre sur instagram ce qui m’a permis d’être informé des vernissages et autres live painting.
-je suis devenu assidu des vernissages et des festivals ou j’ai rencontré les artistes et aussi quelques instagrammeurs passionnés de street art.
-C’est dans la vie réelle et au contact des artistes, qui au demeurant et sans exception sont des personnes accessibles et d’une grande gentillesse, que j’ai acquis une petite culture du graffiti.
- J’ai acquis, à Montpellier, dans le monde réel, une petite notoriété. Les artistes apprécient ceux qui s’intéressent à eux et à leur art et participent à sa diffusion par les réseaux sociaux.
-C’est donc presque naturellement, que l’association Lineup a eu l’idée de mettre à profit mes compétences en matière d’accompagnement de randonnées et mon intérêt pour le street art pour faire découvrir à des groupes les citernes de défense contre les incendies de forêt, du massif de la Gardiole, peintes par des artistes.

Fort de mon intérêt pour les arts graphiques urbains et les contacts sympathiques, voire amicaux, établis avec les artistes j’ai commencé un blog intitulé «libres paroles d’artistes». L’objet est de les rencontrer pour un entretien que je retranscris et publie avec leur accord.

Cette histoire n’est, somme toute, qu’une très commune et très banale histoire de vie dont on peut cependant retenir quelques leçons :

Ce qui advient dans la vie procède plus de l’enchaînement de ce que je qualifierai de hasards déterminés que d’un projet initial. Les hasards déterminés sont les événements qui adviennent et s’enchaînent du seul fait de vivre selon ses inclinaisons et ses goûts.

Les réseaux sociaux sont incontournables aujourd’hui pour établir des contacts et être informé de ce qui se passe. Loin des idées reçues un réseau social n’est pas un monde virtuel dans lequel on s’isole, c’est une porte grande ouverte sur le monde et tous ceux qui partagent avec vous des centres d’intérêt et des passions.

La bienveillance est la clé de tout. La bienveillance et la confiance que l’on reçoit est la monnaie rendue sur celle que l’on offre. Rien de plus normal que les portes se ferment aux grincheux et aux calculateurs et s’ouvrent aux joyeux désintéressés.

La confiance en soit est indispensable pour aller de l’avant et traduire ses aspirations en actions.

Pour clore ces «stories» sur mes activités d’entraîneur en marche nordique et mon implication dans le monde du graffiti il parait utile de répéter que ce sont bien des activités au sens plein du terme, même si elles sont bénévoles et pas des «passe-temps». je voudrais en finir avec l’idée préconçue que au moment de la retraite on passe de la vie active, au mieux aux loisirs passe temps, au pire à l’ennui et à la solitude.

 S’il y a des messages dans ces lignes ce sont les suivants :

- la vie s’écrit en s’appuyant sur des valeurs plus que sur des projets.
-au départ de tout ce qui advient il y a une rencontres.
-pour qu’une rencontre soit fructueuse elle doit être bienveillante

L’amour m’a trouvé

Paragraphe réservé à la version privée de ce texte

Je remercie la vie et  même les déboires qui m’ont ouvert la porte d'un nouvel amour. Vivre sans amour est possible, mais seul l’amour donne une idée du paradis.

Les espadrilles ont été l’artifice qui m’a permis d’ouvrir un texte dont je ne savais pas trop ou il allait mener. Elles font aussi le lien avec l’insouciance heureuse de l’enfance. Offrir des espadrilles est une gentille attention dans un contexte heureux. Elles sont simples, confortables et décontractées, parfaites pour traverser les journées caniculaires de l’été. C’est d’un message de bonheur paisible dont je les ai investies.

Ceci étant dit, je me retire sur la pointe des espadrilles.

3 août 2018

mardi 28 août 2018

Fucking méditation-Graffiti Saves the World

Jonnystyle Montpellier

«Painting their names on the subway trains is illegal in New York City, and so the writers must be ready in any moment to dash down the tracks to safety if the Police conduct a raid.» Subway art de Martha Cooper et Henry Chalfant


Sade, Verdanson  Montpellier


Ça ne vous ennuie pas si un moment j’endosse la peau de Dieu ? Je viens faire une petite inspection sur terre. De braves gens se plaignent du manque de civisme de certains de leurs concitoyens qui gribouillent la nuit, avec des bombes de peinture le mur qu’ils viennent de repeindre.  Alors je fouine un peu partout, j’observe les gens. J’ai besoin de découvrir ce ce qui ne tourne pas rond pour que les hommes et les femmes que j’ai créés à mon image, se chamaillent à tout bout de champ, éprouvent le besoin frénétique d’acheter des trucs inutiles et balancent leurs ordures sans se soucier de rien. Qu’est ce qui à foiré dans dans mon divin dessin de pour que l’humanité soit parvenue à se rendre malade à ce point en voulant se gaver tout de toutes les belles et bonne choses que j’avais mise à leur disposition sur terre.

L’heure du rapport est arrivée et ma conclusion est à peine croyable. Les pires ennemis de l’humanité c’est l’avidité et l’ordre. Ses meilleurs amis sont la créativité et le graffiti. Ne m’en voulez pas si je ne fais pas régner le suspense, mais je suis Dieu et je vais droit aux conclusions.

Pour l’avidité, inutile de vous faire un dessin, sans aucun doute c’est un défaut, peut-être même un péché, donc un ennemi, mais l’ordre c’est une qualité. Par ailleurs, d’accord pour dire que la créativité est une qualité qui ne peut que rendre l’humanité meilleure, mais le graffiti, c’est un délit puni par la loi. Eh bien oui, moi Dieu, je suis du côté des délinquants.

Il faut être Dieu pour voir au delà des apparences.

Banana street Montpellier



J’ai croisé un brave homme dont le plaisir était de cultiver le jardinet attenant à son pavillon. Un homme gentil, généreux. Il aimait à faire goûter ses tomates à ses voisins. Il aimait plus que tout admirer l’alignement parfait de ses rangées de légumes. Il ne supportait pas les mauvaises herbes, ni dans le potager, ni dans les gravillons devant son garages. Il redoutait les pucerons qui dévorent les fèves et les haricots verts. Il détestait les limaces et les escargots qui s’en prenaient à ses salades. Et puis il n’allait pas laisser les maladies s’en prendre à ses légumes. Qu’à cela ne tienne, il y a tout ce qu’il faut aujourd’hui dans les magasins pour se prémunir de toutes ces calamité. Aussi il avait dans son garage une étagère sur laquelle étaient bien rangés les produits pour lutter contre tout ces fléaux. Le pulvérisateur est le meilleur ami du jardinier. Round up pour les mauvaises herbes, produits machin truc pour les pucerons.  Pour chaque ennemi, un produit à tête de mort dans un flacon vert. Et puis ne lésinons pas sur les doses.... Voilà vous avez compris. Il voulait seulement un beau jardin, bien ordonné, bien aligné, sans maladie, sans pucerons, sans limaces et escargots. Et il s’est empoisonné. Je ne vous dirai pas de quel cancer est mort ce brave homme, ni sa femme ni ses voisins. Je suis Dieu et j’ai obligation de confidentialité.

Mais comme je suis Dieu et que je vois plus loin je sais qu’il ne s’est pas empoisonné, on l’a empoisonné. Des messieurs et aussi des dames, avec des cravates, des tailleurs Chanel et des costumes, des chercheurs, des actionnaires, des patrons enfin toute sorte de gens intelligents et même gentils, certains par courte vue, la plupart par avidité, lui ont fait croire que tout ça c’était sans danger, que c’était le progrès. Le crime est à grande échelle et je sais que notre brave homme, féru d’ordre a été abusé et les profiteurs, les avides l’ont tué. Ont tué des millions de braves gens.

Voilà j’ai développé cet exemple pour te faire comprendre le sens de ma méditation. Des exemples j’en ai cent à ton service, surtout dans les domaines agricoles et alimentaires. Je vais t’en proposer quelques un en raccourci. Tu es assez fûté pour les méditer tout seul..

L’élevage industriel pour produire à bas coût des protéines animales au profit de l’alimentation humaine. Voilà de l’ordre à grande échelle. Les animaux ne sont que matière première d’un système hyper-rationnalisé. On produit industriellement une alimentation de qualité déplorable au prix de souffrances animales inouïes. Ce phénomène est suffisamment documenté pour que je ne m’y attarde pas. Cependant, moi Dieu, je peux t’affirmer que l’élevage industriel est un scandale du même ordre que l’esclavage en son temps et que les générations futures nous demanderont de rendre des comptes sur une telle barbarie.

Dans le beau foisonnement du monde, l’homme n’a cessé de vouloir comprendre, trouver des règles, pour maîtriser son environnement. Il est certain qu’il a amélioré notre condition, mais le prix à payer est exorbitant. 

Soly 2, Sailor, LittleLewis, Ecusson Montpellier

Il est avéré et documenté aujourd’hui que la manie d’ordonner, de rationaliser dans les domaines agricoles et agroalimentaires est à l’origine d’une multitude de problèmes touchant l’environnement, la biodiversité, la santé humaine, sans parler des aspects éthiques concernant le traitement des animaux et de certaines populations fragiles.
  
Et encore je ne t’ai pas entraîné sur les terrains du racisme ou les hommes se trient par couleur, des inégalités, ou ils se trient par richesse ni du sexisme ou ils se trient par genre. Il faudrait une bibliothèque entière pour se faire une idée de tous les effets négatifs de ces classements stupides.

Regarde bien autour de toi, derrière l’ordre il y a toujours des profiteurs. J’allais dire derrière chaque ordre il y a une dictature pas forcément politique, mais un système qui asservit.
  
L’ordre est présenté comme une qualité parce que l’ordre soumet, l’ordre donne naissance à des braves gens, comme mon jardinier, mais l’ordre avilit ceux qui n’ont ni l’esprit critique, ni le recul nécessaire. Le problème ce n’est pas la soumission, c’est que l’ordre est tellement contraire au foisonnement de la vie telle que je l’ai voulue, il bouleverse tellement ses règles qu’au bout de l’ordre il y a les maladies et il y a la mort. Je te laisse poursuivre cette fucking méditation à la lumière de tes expériences.

 
Salamech, Sidka, Asem, Quartier Mosson Montpellier

Bon et le graffiti alors ? Comme je suis Dieu et pas philosophe je ne me sens pas obligé de raisonner ou de démontrer, je constate juste que la transgression, l’interdit, la désobéissance, le désordre sont dans ce monde étouffé et étouffant la bouffée d’oxygène qui ouvre de nouveaux horizons génèrent des richesses inattendues et de la beauté.

Je pense que le graffiti, que chacun s’accorde à voir comme un phénomène social déplorable mais somme toute mineurs, est le meilleur exemple.

Méditons ensemble. Imaginez un jeune garçon ou une jeune fille de quatorze ou quinze ans, peut-être douze d’ailleurs. Il ou elle a dans son sac une ou deux bombes de peinture ou/et quelques Marqueurs Posca ou Molotov, ou simplement un tube de baranne (cirage). Il s’agit de votre fils ou de votre fille il elle quitte la maison la nuit en catimini, seul(e) ou avec quelques copains et va taguer des portes ou quelques jolis murs dans votre quartier ou un peu plus loin. Juste taguer à la va vite une signature, un flop.

Ce que les passants prennent comme un immonde gribouillis, juste destiné à salir la propriété d’autrui est en fait une signature, cent fois répétée sur un cahier. Signature d’un pseudo de tagueur, son premier et peut-être dernier blaze. Ce flop il faut qu’il soit visible, bien placé, que les copains le reconnaissent.
 
Swed Oner, Chat Noir, Madame Moustache et Autres, mur de Pérols


Mais taguer, c’est mal, c’est interdit et puni par la loi. Atteinte à la propriété, atteinte à l’ordre. Alors qu-est-ce qui pousse de jeunes gens, gentil par ailleurs, à aller gribouiller partout une vague signature sur la propriété sacrée d’autrui. Là, je cale, je n’en sais rien. Je dirais que c’est une sorte d’appel irrépressible, remontant aux origines de l’humanité, souvent stimulé par la fascination exercée par les réalisations urbaines de certains aînés. Mais pourquoi ces élus de Dieu (moi) sont-ils fascinés par les graffs, alors que la plupart des jeunes ne les voient même pas ?

Moi Dieu, j’ai sans m’en rendre compte désigné quelques humains qui sont prêts à risquer, au mieux une engueulade des parents, mais plus grave, des gardes à vue, des amandes, des procès, des TIG (travaux d’intérêt général) et toutes sortes d’autres désagréments. Et oui il y a une catégorie de personnes qui sont prêtes a transgresser la loi, ni pour voler, ni pour escroquer, ni pour tuer, mais pour dessiner. Ce n’est pas une garde à vue qui va les dissuader, quand ils sont pris par la fièvre du graffiti, c’est pour la vie.

J’avance dans la méditation. Mon/ma jeune tagueur (se), rencontre des jeunes comme lui, des aînés plus expérimentés qui vont l’inspirer le motiver. Il ne pense qu’à ça, il remplit des cahiers de lettrages. Parce que ce qu’il veut c’est avoir plus de sprays (bombes de peinture), un mur à lui, un moment tranquille pour réaliser un beau graffiti ou un beau lettrage.

Soly 2, Montpellier

Mist, quartier Rondelet Montpellier


Les plus motivés intègrent un crew, une bande de graffeurs, solidaires entre eux, qui se stimulent artistiquement, trouvent des spots, des lieux à peindre, plus ou moins tolérés, friches urbaines, bords de voies ferrées, ponts ferroviaires ou d’autoroutes et ils organisent des sessions graffitis la nuit ou les week end.

Certains crew se spécialisent. Les purs vandales continuent à graffer et à taguer uniquement en zone interdite, certains, au risque de leur vie vont taguer ou graffer les toits. Regardez le haut des immeubles de votre ville. D’autres préfèrent les trains ou les métros qu’ils vont graffer la nuit en prenant le risque de se faire prendre et celui d’un accident. Il s’en produit quelque fois.

D’autres préfèrent graffer, tranquillement sur des lieux tolérés ou la police ne viendra pas les harceler. Je peux vous assurer cependant qu’aucun ne devient à cent pour cent un mouton. Tous, même ceux qui ont acquis une véritable notoriété artistique et construit une gentille vie de famille, répondent à un moment ou à un autre à l’appel primitif du vandale qui sommeille en eux.

Il serait temps que je prononce le mot ARTISTE. Car, du tag au graffiti et pour certains du graffiti à la fresque et de la fresque à la galerie c’est bien des parcours artistiques qui se dessinent. Les sessions sur les murs se préparent par des croquis sur des carnets. L’appel quasi instinctif à aller taguer est sans doute simplement celui de la créativité. Il n’y a qu’à regarder le nombre de tags, de graffitis, de lettrages autour de nous, pour comprendre ce qui donne au mouvement sa puissance. Le graffeur est un artiste qui veut être vu. Un artiste parce qu’il ne cesse pas de dessiner, de se perfectionner et de chercher son style. Certains perfectionnent la lettre à des niveaux de sophistication incroyable. D’autres préfèrent les persos (personnages). Ils travaillent, le trait, les couleurs, les représentations. Certains restent sur la lettre, d’autres se spécialisent dans le réalisme voire l’hyper réalisme, d’autres vont vers l’abstrait. Les graffeurs sont des travailleurs invétérés. Ils ne cessent de chercher, de produire.
Pont de l'autoroute Montpellier

Mondé, Maye, Soly2, Momies, Château d'eau Prades le Lez


Toute une génération artistique, majeure aujourd’hui, reconnue et active, aussi bien en galerie que dans l’espace public est issue du mouvement graffiti. Les galeries consacrées aux artistes issus du graffiti se multiplient. Le public et les acheteurs suivent. Si la scène new yorkaise a été la première à émerger, l’Europe et la France ont rapidement suivi. Le mouvement est tellement important aujourd’hui que j’hésite à citer des noms de peur de froisser ceux que je ne citerai pas, surtout sur la scène montpellieraine, particulièrement dynamique dont je commence à bien connaître et apprécier les acteurs. Je ne souhaite pas consacrer une hiérarchie de la notoriété. Cette fucking méditation restera purement détachée des individualités qui l’ont inspirée. Je renvoie à mon blog  https://libresparolesdartistes.blogspot.com/ .et aux quelques photos, toutes de moi, qui illustrent cette méditation.

Je sais que tous les artistes venus du graffiti, sans exceptions, sont possédés par le démon du tag et qu’ils ne résistent pas à l’appel de la nuit, même s’ils ont quarante ans, une famille et un break dans le garage. Tels des loup garou, ils redeviennent les vandales qu’ils étaient à quatorze ans. Ils parcourent les rues d’une ville pour répandre des flops qui, s’ils étaient reconnus, vaudraient une fortune, ou pour se faire un train dans un dépôt SNCF. j’en connais même pour lesquels cet appel à la transgression est quasi quotidien malgré les risques judiciaires que cela comporte.

Cette laborieuse méditation avait pour ambition de faire comprendre aux que ce sont des adolescents qui au départ ont bravé l’ordre et porté atteinte à la propriété et la tranquillité des braves gens en taguant leurs portes et leurs façades fraîchement repeintes qui ont donné naissance au courant artistique le plus novateur de notre époque, entre vingtième et vingt et unième siècle. Quand je dis courant artistique je veux que vous perceviez la beauté que cela représente et avec la beauté l’humanité et la fraternité qui vont avec. Les Fresques qui fleurissent sur les façades des villes aujourd’hui sont bien de l’art, offert à tous, à la portée de tout le monde. Quasiment tous les artistes qui les réalisent sont des tagueurs.

Alors que l’ordre, cette soit-disant belle qualité, a donné lieu à d’inacceptables abus et engendré les pires catastrophes de l’humanité, c’est la transgression, le refus des règles et la créativité qui ont engendré un mouvement artistique majeur qui embellit le monde et donc le sauve un peu de toutes les turpitudes des cupides.

Voilà J’ai fini d’être Dieu. Pardonne moi mais j’avais du mal à aborder cette laborieuse fucking méditation sans prendre un peu de hauteur. Cet artifice m’y a aidé.

Montpellier le 27 août 2018

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samedi 25 août 2018

Fucking méditation. Le tintamarre des cigales

Conférence de Pierre Rabhi au parc Montplaisir de Castelnau le Lez

"Contrairement à toutes les espèces, nous programmons nous-mêmes notre propre disparition par manque d'intelligence et de compréhension de la vie" Pierre Rabhi Manifeste pour la terre et l'humanisme.

Après le quinze août, sans même qu’on s’en soit rendu compte, l’infernal tintamarre des cigales cesse. Tout ce bruyant petit peuple des arbres et des pinèdes dont les stridulations, de jour comme de nuit, rendaient la canicule plus insupportable ont rendu les armes. Année après année, immuable, le cycle des générations se poursuivra.

Les cigales habitant les vénérables platanes du parc Montplaisir à Castelnau le Lez ont accompagné la conférence en plein air de Pierre Rabhi. Tout le monde connaît et aime Pierre Rabhi. Pour ma part je n’ai pas hésité à aller l’écouter pour la quatrième fois je crois. La première fois j'avais fait le déplacement aux Amanins dans la Drôme pour l’entendre débattre avec Edwy Plenel, que j’estimais encore à l’époque.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Pierre Rabhi a quatre vingts ans, il est né dans le sud algérien mais a grandi en France dans une famille française. Lassé de sa vie d’ouvrier il a acheté une ferme en Ardèche. Pour tirer des récoltes de cette terre pauvre il à développé des techniques agricoles autour de la production et de l’utilisation d’humus. Il a passé une grande partie de sa vie à diffuser en Afrique Sahélienne les principes de la permaculture.. Il est le père de l’agroécologie. Il a écrit de nombreux ouvrages et est considéré aujourd’hui comme philosophe. Devenu conférencier il ne cesse d’alerter un public toujours plus nombreux à venir l’écouter, sur les conséquences négatives de l’agriculture productiviste. Il s’alarme des conséquences du réchauffement climatique. Il voudrait que notre génération se préoccupe de l’avenir de l’humanité en réduisant notre consommation excessive et superflue des ressources de la terre sans renoncer au bonheur.

Pierre Rabhi est, je pense, l’homme qui par sa vision simple, concrète et bienveillante de l’humanité a le plus influencé ma vie. La sobriété heureuse me va comme un gant. J’allai dire que j’essayai de la mettre en application mais ce serait faux. Je ne m’efforce pas à la sobriété, elle me convient. Je la vis à ma manière sans ostentation et sans grand principe. Ce n’est pas une religion. Pas de dogme, pas d’interdits. Je déteste les principes.

Cette conférence était décevante, mais peu importe. Un pierre Rabhi paresseux alignait des éléments de langage moult fois répétés, sans soucis de la cohérence de l’ensemble. L’homme est las des conférences. Il confessait à France 2, lors d’un sujet qui lui était consacré, qu’il reçoit plus de six cent demandes de conférence par an. Il y répond comme à une mission à laquelle il ne peut moralement pas se dérober. Il quitte sa ferme ardéchoise en disant je vais faire du Rabhi. Il le fait sans enthousiasme et ça se sent. Il sait que cela ne sert plus à rien, sauf à donner à ceux qui l’écoutent quelques règles de vie qui ne changeront rien à l’évolution du climat et aux drames multiples générés par le réchauffement climatique.

L’anecdote du Colibri, chaque fois répétée, chaque fois applaudie, est une histoire dont les morales peuvent être contradictoires. certains en tirent la conclusion que si chaque individu faisait sa part, tous les hommes réunis parviendraient à éteindre l’incendie, mais d’autres y voient une histoire de looser. Le colibri se donne bonne conscience pour un résultat nul. Pierre Rabhi le sait. Faire sa part est un acte individuel qui même multiplié restera sans effet sur les bouleversements du climat. L’incendie est aujourd’hui incontrôlable.

En continuant, à son age, à sillonner la France pour porter sa parole humaniste, Pierre Rabhi fait sa part. Il ne prétend pas sauver le monde, il veut seulement que l’infime partie de l’humanité qui vient l’écouter et croit en ses paroles, mette en pratique et transmette des valeurs de sobriété, de partage et d’empathie.

Les changements de société que l’on constate aujourd’hui sont porteurs, de replis sur soit, d’égoïsme et de violence. Les mouvements identitaires, racistes et xénophobes prolifèrent sur le terrain de la haine. Pierre Rabhi à bien compris que le combat climatique est perdu, mais il ne le dit pas explicitement, parce que il n’est pas là pour décourager mais pour révéler en chacun sa part d’humanité, parce que seul l’humanisme peut s’opposer à la violence qui monte.  

Pierre Rabhi ne croit plus que l’humanité peut sauver ses acquis en matière de bien être, il pense même, sans doute, qu’elle va beaucoup souffrir et peut-être disparaître. Il n’a certainement pas la prétention de croire qu’il peut la sauver, il fait sa part, il transmet des valeurs. Pour qu’au moins une partie de l’humanité reste humaine. Pas plus

L’histoire, depuis que des humanoïdes foulent notre planète, n’est qu’une affaire de survie. Pour survivre les hommes se sont groupés, en familles, en villages, en empires. Des solidarités se sont nouées à l’intérieur des groupes mais des rivalités se sont fait jour entre les groupes. C’est pourquoi l’histoire des hommes est tissée du meilleur : la fraternité, la solidarité et l’amour et du pire : la rivalité, la violence et la guerre. Tant qu’il y a suffisamment de ressources le meilleurs prédomine, quand elles manquent c’est le pire. C’est bien nos ressources que met en jeu le réchauffement climatique. Alors sans dire que l’humanité est condamnée, il y a fort à penser qu’elle va vers de très gros problèmes.

En fait tout le monde se fiche du devenir de l’humanité. Tout ça ce sont des mots pour donner un sens universel à nos petits engagements humanitaires. Au delà de nos petits enfants ou arrières petits enfants nos phares n’éclairent plus rien.. Notre empathie et notre sens moral ne conçoivent pas de s’apitoyer au delà de trois générations. Dans le temps long la disparition de l’humanité n’apparaît pas scandaleuse parce qu’elle est au delà de nos peurs. L’idée d’une terre qui continuerait à tourner et à évoluer sans les foutus humains est-elle si révoltante ? Darwin l’a dit, Darwin le fera. Seuls les plus forts survivront... peut-être.

Notre soucis des générations futures, Celles de nos enfants et petits enfants a pour limite notre égoïsme. Il bute sur notre besoin incompressible de confort et notre bien être aujourd’hui. Même en vivant sobrement on consomme des ressources épuisables. Notre sobriété, tous comptes fait, s’accommode de quelques billets d’avions pour aller faire un tour au bout du monde, d’une voiture devant la porte et même de la clim dans notre appartement car les canicules sont insupportables. C’est vrai la viande est une catastrophe écologique, sans parler des souffrances inouïes infligées aux animaux par l’élevage industriel, alors il est de bon ton d’être flexitarien. Je ne juge personne ce paragraphe parle de moi.

Chacun puise une cause à défendre dans le grand bazar du militantisme écolo-humanitaire. Aider les démunis, les migrants, lutter contre les pesticides et la monstrueuse Monsanto-Bayer, consommer bio, végétarien, végan, encourager l’agriculture paysanne, les énergies renouvelables.... faire sa part, c’est bien ça, chacun à sa manière prend exemple sur le colibri. Je ne me moque pas je suis un des vôtres. Je veux contribuer à ce que cesse cette folie productiviste qui bousille la planète dans ce qu’elle a de nourricier, creuse les inégalités et engendre le replis sur soit et la violence.

Je le fais, nous le faisons, Pierre Rabhi nous demande de le faire pour nos enfants, petits enfants et arrières petits enfants. Nous savons qu’ils vont souffrir des canicules, des inondations des cyclones, Ils devront reconstruire leurs maisons, faire face à des migrations, au terrorisme et à des guerres. De tous ceci nous porterons une part de responsabilité et ils nous jugeront. Ils nous accuseront pour la gabégie monstrueuse des ressources de cette planète dont notre bienheureuse génération, plus que toute autre avant elle; s’est rendue coupable. Ils auront raison. Nous n’en ferons jamais assez pour nous racheter une conscience.

Il y a deux manière d’agir. La première c’est faire le colibri, la deuxième c’est faire de la politique. Parce qu’il y a sur cette terre des individus et des entreprises sans scrupules dont le seul moteur est d’accumuler des richesses pour se gaver maintenant. Ceux-là n’ont aucun soucis de votre santé, ils nient le réchauffement climatique, profitent des guerres voire les provoquent. Je cite quelques uns de ces acteurs coupables : Industries chimiques et agrochimiques, automobile, énergies fossiles, armement, cigarettiers, agriculture industrielles et agroalimentaires... Ces entreprises ne sont pas des abstractions, des hommes les font fonctionner et eux se foutent du devenir de l’humanité et même de celui de leurs gosses. Que  la terre demain soit rendue aux fourmis ils n’en ont rien à faire. Ils n’y pensent même pas. Ils pensent juste à se payer un jet privé et oublient le cancer qui va les emporter. Ouf c’est dit....Il faut les combattre sur le terrain politique et associatif.


Nous sommes collectivement responsables, et ce depuis des générations, des malheurs qui vont frapper nos proches descendants parce que l’humanité s’est toujours désintéressée de son propre avenir. Nous avons pillé la terre sans vergogne pour du superflus et des futilités.

Tout ceci nous le savons. Pierre Rabhi s’évertue à nous le dire, mais on est incapables d’arrêter le processus parce que la machine humaine fonctionne comme ça, au plaisir, à l’égoïsme, au superficiel, à orgueil et à l’indifférence à toutes les espèces, qu'elles soient végétales ou animales, et au reste de l’humanité.

Je voudrais quand même pour finir porter le message d’optimisme de Pierre Rabhi. La manière de vivre, telle qu’il nous l’a enseignée et les actions de solidarité auxquelles nous participons, mêmes si elles s’avéraient insuffisantes, sont porteuses de valeurs d’humanité qu’il nous appartient de transmettre bien au delà de notre génération.

Autour du vingt juin 2019, c’est avec plaisir que nous entendrons la première cigale d’une nouvelle génération nous annoncer l’été.

Le 20 août 2018 .

 
stand de tir de Montmaur, Pierre Rabhi Pochoir humus=vie par Old_one